CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE
SEMAINE DU 21 AU 27 JUILLET 2003
LE PROJET DE CONSTITUTION GISCARD MET LEUROPE EN DANGER

Trop de Fées Carabosse sur le berceau fragile de lEurope Libre
En remettant, pour la 2e fois en 3 semaines, son projet de Constitution européenne à la présidence de lUnion, M. Giscard a fait ce 18 juillet à Rome une déclaration qui se veut solennelle.
Le texte de ce petit discours est officiellement disponible en ligne sur le site de la Convention pour lavenir des institutions. Cest dire le poids que cherche à lui conférer le déclarant, alors que formellement il ne sagissait que dune demande protocolaire. Lagrément du Conseil européen avait été acquis le 20 juin à Thessalonique, mais le consensus du Conseil et la présidence grecque navaient finalement reconnu le document quau titre de base de travail sur laquelle allait se concentrer la Conférence intergouvernementale. Laspect insolite de la deuxième remise, entre les mains du chef de gouvernement italien, M. Silvio Berlusconi, se voit précisément éclairé par quelques mots daveux du président Giscard.
Lhomme nest dénué ni dintelligence ni de brio. Mais la flatterie ottomane de son propos est très voyante. Il prétend, vis-à-vis du président de la république italienne, M. Ciampi, pouvoir rendre hommage aux membres italiens de la Convention aussi bien à M. Amato, celui que la presse transalpine appelle le "Docteur Subtil", quà lexcellent Gianfranco Fini, au représentant du Sénat, M. Lamberto Dini, etc (1)
Ces ronds de jambe, et de telles congratulations flatteuses à lendroit de lItalie, visaient semble-t-il à faire avaliser le plus rapidement possible non pas le schéma du Traité constitutionnel mais son intégralité textuelle.
Explicitement, M. Giscard dEstaing a "appelé la présidence italienne et personnellement le Président du Conseil européen, Silvio Berlusconi à garder ce texte intact. Le remettre en cause, même partiellement, ajoute-t-il, le mènerait à léchec."
Cette menace voilée contre toute tentative de critique ne manque pas daudace. On doit en effet se représenter que le travail de la convention présidée par M. Giscard et vice-présidée par MM. Amato et Dehaene a abouti à un texte de 263 pages.
Dire aux représentants de 25 gouvernements quun tel document est maintenant à prendre ou à laisser et que lUnion européenne doit impérativement en ratifier la valeur désormais constitutionnelle le 9 mai 2004 a quelque chose de relativement stupéfiant.
Tout cela est probablement bien construit en effet dans la tête élégante de M. Giscard dEstaing. Le calendrier en est impeccable. Le 31 décembre, "on" a imaginé que les 15 États-Membres et les 10 candidats auront nécessairement donné leur accord sous la présidence italienne. Et on fait donc à celle-ci un point dhonneur de mener tambour battant la Conférence intergouvernementale qui devrait pourtant ne souvrir à Rome que mi-octobre.
Lidée est, ensuite, de faire avaliser, comme par un référendum simultané, lors des élections au parlement européen de mai 2004, où pour la première fois, les 10 pays nouvellement admis voteront et ainsi après lacte dadhésion dAthènes de 2003 on pourrait parler dun traité constitutionnel de Rome daté de 2004.
On ne saurait même pas accuser M. Giscard dEstaing de ne pas penser aux symboles : Athènes, Rome, lHymne à la Joie de Beethoven, le drapeau des 12 étoiles, on pourrait presque penser à la Loi des XII Tables de la Rome républicaine.
Le problème de tout cela est que, malheureusement, le carton-pâte se voit trop.
Cela sort dune tête bien faite, du moins probablement, mais qui na même pas reçu lassentiment de son propre pays.
Prenons le socle désigné pour constitutif de cette éventuelle Constitution de Rome : la Charte européenne des Droits fondamentaux. Elle prétend consacrer les droits des citoyens européens. En réalité il sagit dune pérennisation à valeur constitutionnelle molle, de la conception sociale démocrate des prétendus "droits à", eux-mêmes édulcorés et qui demeurent encore contradictoires avec les héritages du droit naturel.
Si cette doctrine est à prendre ou à laisser, nous laissons.
Observons les références à lidentité européenne. Peut-être est-il injuste de dire que M. Giscard dEstaing en personne entend semployer à faire entrer les 60 millions de Turcs en Europe. Il nempêche que rien dans sa définition nest de nature à contrarier durablement ce projet insensé, qui naboutira pas, sauf à détruire toute notion dEurope.
Cet énorme volume contredit lexpérience constitutionnelle de tous les pays européens additionnés. En le rangeant dans une bibliothèque on mesure quil est deux fois plus haut et quil est plus épais que le volume réunissant les constitutions des 12 États-Membres dil y a 10 ans. Son nombre de pages étant de 263, il peut être comparé aux 10 pages de la Constitution fédérale des Etats-Unis de 1788, aux 2 pages du Bill of Rights de 1791, et aux 6 pages des 17 amendements subséquents. En tout 18 pages !
Si lon cherche une base de travail, ne serait-il pas plus sérieux, par exemple, en examinant ce qui nous convient en Europe, et ce qui ne nous convient pas, de cette expérience constitutionnelle bicentenaire de lAmérique du nord.
Très précisément le mot de constructivisme semble avoir été forgé par Hayek pour fustiger exactement les démarches de la nature de celle, quà marche forcée, M. Giscard semble vouloir imposer à lEurope par sa Déclaration de Rome.
Il fait de notre continent un marchepied de son utopie mondialiste alors que la véritable justification des Traités européens est
Trop de Fées Carabosse se penchent sur le berceau fragile de lEurope Libre pour quon ne soit pas tenté de crier : Constitution casse-cou ! LEurope est en danger !
Jean-Gilles Malliarakis
(1) Pas un mot cependant pour le président, lui aussi italien, de la Commission européenne M. Romano Prodi, opposé au projet Giscard.
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