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Sceau personnel de JG Malliarakis

CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

MERCREDI 2 JUILLET 2003

QUAND LA TURQUIE DÉBAT DE SON PROJET D’ADHÉSION À L’UNION EUROPÉENNE

Le président turc Ahmet Necdet Sezer

"Plus les problèmes sont compliqués, plus les solutions sont simples" Pierre Mendès-France

Le débat du 1er juillet au parlement turc a démontré, une fois de plus, la frivolité, pour ne pas dire le surréalisme des critères sur lesquels on mène les prénégociations relatives à l’adhésion d’Ankara à l’Union européenne.

On doit tout d’abord se représenter que les technocrates européens, croyant sans doute bien faire, ont remis au gouvernement de M. Erdogan et aux autorités étatiques une liste d’engagements auxquels le pays doit souscrire en vue d’une décision qui interviendra, en principe, en décembre 2004.

Sagement, nos interlocuteurs en ont fait une compilation de 900 pages supposée décrire un programme national d’adhésion. Et c’est de cet énorme document dont la Grande Assemblée nationale fondée par Mustapha Kemal devait débattre en quelques heures.

Les esprits mal intentionnés ont remarqué, malgré l’épaisseur du dossier, qu’on glissait rapidement sur des choses qui fâchent, c’est-à-dire sur des points qui paraissent naturellement cruciaux dans une perspective de conformité aux Droits de l’Homme et sur lesquels les autorités turques sont en fait divisées entre

Depuis 20 ans, en effet, le système politique d’Ankara a conféré à un organisme dominé par les militaires, le MGK, Conseil de Sécurité nationale, le gardiennage de tout ce qui, dans la politique quotidienne du gouvernement à un rapport avec la sécurité de l’état et l’indivisibilité de la république. Le prétendu programme national ne supprime pas cet organe, il en fait un vague toilettage mais il est clair que l’Armée restera toute puissante. Et on doit savoir que l’Etat-major d’Ankara si, lors de la période 1996-1997, a fait déguerpir le Premier ministre islamique alors minoritaire, a imposé ses vues au Premier ministre actuel qui a tout simplement accepté de mettre son islamisme au service des conceptions géopolitiques de l’Armée.

Sur la question kurde, le débat n’est qu’apparent. On considère comme des concessions importantes le fait que peut-être un jour une langue qui est celle de plus de 25 % de la population d'Anatolie puisse faire l’objet, éventuellement d’émissions de radio et même d’un enseignement privé. Dans la capitale du Kurdistan, à Diyarbekir, voilà près de 10 ans qu’on ne met plus les gens en prison pour l’usage de la langue kurde. C’est vraiment trop de tolérance ! Et d’ailleurs le chef de l’État, M. Ahmet Necdet Sezer, qui passe portant pour l’une des valeurs sûres de la démocratie, s’insurge contre l’idée que les dispositions très dures du Code Pénal dont l’article 75 puisse être abrogées. Celui-ci permet pratiquement d’envoyer en prison, pour crime de séparatisme, quiconque remet en cause le jacobinisme.

Le Président de la république entend mettre son veto à toute évolution sur ce point et si le gouvernement et les députés passent outre comme ils en ont le droit, comme dans la constitution française en 1791, eh bien il mobilisera le conseil constitutionnel (1).

Quand on examine sérieusement ces débats, on peut admettre qu’en effet il existe en Turquie des formes républicaines comme il en existe aussi en Indonésie, au Pakistan et même en Iran.

Mais ces formes ne correspondent absolument pas à l’idée que nous nous faisons d’institutions démocratiques. Imaginerait-on par exemple entre Lisbonne et Stockholm un débat sur le degré de tolérance que l’on accordera légalement à un phénomène culturel local comme la torture dans les prisons. Imagine-t-on en Europe de considérer comme plus démocratique un système qui se propose de renforcer l’influence quotidienne de l’islam ?

Que par ailleurs on juxtapose nos sempiternels règlements agricoles communautaires à des débats qui touchent à l’identité même de l’Europe et à celle de la Turquie candidate a quelque chose de troublant et de choquant. Tout se passe comme si on acceptait de noyer le poisson en diluant le dossier dans une foule de questions techniques.

Ainsi, la solution aux 900 pages soporifiques de programme est très simple. On complique à tort le problème. Ou plutôt on ferait mieux de se souvenir de l’idée de PMF : plus les problèmes sont compliqués, plus les solutions sont simples.

La réponse en 3 lettres est NON.

JG Malliarakis

(1) Cette possibilité de recours n'était pas offerte à Louis XVI…

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