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Sceau personnel de JG Malliarakis

CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

MERCREDI 11 JUIN 2003

LES ENTRETIENS CHIRAC-SCHROEDER DE BERLIN

Confirment-ils la fin d’une époque, celle du moteur franco-allemand ?

La réunion franco-allemande de Berlin ce 10 juin avait quelque chose de franchement pathétique, peut-être même lugubre, confirmant qu’après 40 ans de vie commune et 4 mois d’un regain paradoxal à l’occasion de l’affaire irakienne, la liaison franco-allemande a beaucoup perdu de sa juvénile vigueur.

La situation de crise sociale dans laquelle la France se trouve a considérablement réduit la voilure du personnel gouvernemental de ces réunions bilatérales. On est passé d’une cohorte ministérielle à un entretien diplomatique. MM. Chirac et Schroeder étaient flanqués de leurs ministres des Affaires étrangères, ce qui rompt l’esprit du traité de l’Élysée dit Traité fondamental de 1963 pour revenir à une sorte de partenariat entre États souverains de type tout à fait traditionnel, très antérieur aux aspirations et aux constructions du système européen.

Si l’entente franco-allemande se veut encore, mais pour combien de temps, le moteur de la construction européenne on doit observer qu’il est bien fatigué depuis qu’on est revenu à de simples réunions informelles inaugurées à en janvier 2001.

Actuellement, les dirigeants français et allemands cherchent à faire avancer l’ensemble des 25 membres actuels et futurs de l’Union européenne en se rapprochant eux-mêmes sur deux dossiers que seuls MM. Chirac et Villepin imaginent être le lieu d’un accord naturel franco-allemand.

Il y a d’abord les opérations de maintien de la paix, terme pudique pour désigner le rétablissement de l’ordre en Afrique. Avec le voisinage de l’Ouganda on se trouve certes en présence d’une ancienne colonie allemande devenue mandat britannique en 1919. Or, non seulement le Bundestag tardera à donner son accord politique mais au-delà du manque d’enthousiasme ou de réactivité politique, il n’est pas certain que l’armée allemande ait vraiment en vue ce genre de mission. La France officielle veut être gardienne de l’ordre en Afrique, mais elle n’entend l’être qu’au nom et en accord avec l’Europe. Ce point de vue n’est pas tout à fait partagé par les dirigeants allemands, qui font cependant preuve, dans cette affaire, d’une certaine bonne volonté.

Beaucoup plus crucial est le dossier du traité constitutionnel que M. Giscard d’Estaing a prévu de proposer au Conseil européen de Salonique.

La contradiction actuelle est flagrante puisque 16 États sur 25 ont explicitement rejeté certains points considérés comme essentiels, à la fois par Giscard et par le gouvernement français.

En fait, les doctrines françaises officielles ont la prétention de faire une synthèse arbitraire entre deux conceptions contradictoires de l’Europe : une conception strictement intergouvernementale strictement souverainiste et eurosceptique et une conception fédéraliste qui supposerait au moins, par une Confédération de nations ayant en commun non seulement une politique commune mais même un Ministère unique des Affaires étrangères, appuyé sur la mise en commun des moyens militaires. Faute d’adopter ce minimum de confédération et faute de se résoudre à un retour au strict souverainisme, MM. Giscard, Chirac et de Villepin ont en commun d’être assis entre deux chaises. Au moins, Joschka Fischer a-t-il une vue plus logique et à terme il est infiniment probable qu’au lieu de perdre son temps avec les oukases arbitraires des Français et avec cette idée bâtarde d’un président du Conseil européen nommé pour 2 ans et 1/2 en rivalité avec le président de la Commission européenne, la logique voudrait que l’on évoluât vers une entente anglo-allemande. Tant qu’à faire de discuter avec le point de vue souverainiste, autant s’entendre avec des souverainistes sérieux, la Grande-Bretagne étant devenue un partenaire à la fois plus crédible et plus complémentaire pour l’Allemagne.

Oui, l’arrivée au pouvoir de Chirac en France en 1995 puis la défaite en 1998 de Helmut Kohl en Allemagne semblent bien avoir marqué la fin du moteur franco-allemand. Les gesticulations diplomatiques de MM. Chirac et de Villepin lui ont donné le coup de grâce.

JG Malliarakis et Pascal Reugny

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