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BULLETIN EN TOUTE LIBERTÉ

VENDREDI 27 MAI 2005

Franchement Nul

« Tout ce dont s’occupe l’État, il le bousille » Herbert Spencer

Avant tout ce matin, je tiens à rappeler que j'ai trop de respect pour les lecteurs de l'Insolent pour imaginer de chercher à les influencer dans leur vote, ou leur abstention, de dimanche. Les paramètres de la question sont trop nombreux pour trancher péremptoirement de manière binaire, sans avoir préalablement défini les considérations fondamentales au nom desquelles nous sommes appelés à trancher.

Exceptionnellement je suis d'accord avec M. Strauss-Kahn, quand il dit créditer M. Chirac d'avoir « reconnu que les Français sont tentés de sanctionner le pouvoir ».

Je ne suis pas d'accord, en revanche, avec M. Daniel Cohn-Bendit quand il affirme regretter que le président de la République n'ait pas mis son mandat en jeu. Une telle proposition n'a rien à voir avec l'enjeu supposé européen, et elle auraiat pour seul effet de renforcer la tentation de voter Non à la Constitution européenne aux seules fins de sanctionner le pouvoir hexagonal.

Exceptionnellement en effet, si nous trouvons un peu de vérité dans le constat, formulé in extremis par M. Chirac, c'est tout simplement à proportion de la part de son jugement impliquant sa propre condamnation.

De tous les gouvernants dont les Français expriment le rejet, il est le plus ancien dans le grade le plus élevé.

Si le Non l'emporte, ce sera à cause de lui.

Si le Oui gagne, ce sera malgré lui.

Dans sa dernière allocution, diffusée le 26 mai par les médiats audiovisuels, et dont j'ignore l'audimat probablement assez décevant, M. Chirac a confirmé la nullité de toute la campagne du Oui menée par ses réseaux, ses conseillers, sa fille Claude, ses artistes de complément, ses journalistes de complaisance, ses catholiques d'accompagnement, ses francs-macs d'opérette, ses co gouvernants des pays voisins. Ces derniers se sont vus obligés de confondre le peuple français et les dirigeants parisiens — tout en sachant bien l'artifice de cette identification.

Voila au moins une information retirée de ce débat. Les Français sont une chose, l'État central parisien en est une tout autre. « Y a-t-il un Français dans la salle » se demandait déjà Frédéric Dard en 1979 ? Réponse : « les clefs du pouvoir sont dans la boîte à gants ». Tout le monde ne lisait pas San Antonio il y a un quart de siècle. Tout le monde a compris aujourd'hui. Enfin : tout le monde, sauf les politiciens, les énarques et les journalistes.

Ce pouvoir est nul. L'Europe est une chose trop sérieuse pour laisser les hommes de l'État s'en occuper.

Pour parachever sa nullité, M. Chirac a promis une « nouvelle impulsion » dès le conseil des ministres de mercredi. Quand on connaît la nature des « impulsions », et celle des « pulsions », chiraquiennes, on frémit.

Quelles impulsions en « plus » ?

Encore plus de taxes ? Encore plus de discours autosatisfaits d'un pouvoir incompétent et envahissant ? Encore plus de subventions accordées à tout ce qui détruit le pays et/ou abîme son paysage ? Encore plus de contrôles fiscaux ? Encore plus de règlements incompréhensibles ? Encore plus d'impôts ? Encore plus de contraventions ? Encore plus de laxisme vis-à-vis des immigrés illégaux ? Encore plus de magistrats irresponsables ? Encore plus de persécutions pour les opinions jugées politiquement incorrectes ? Encore plus de Borloo ? Encore plus d'interdictions ? Encore plus de prélèvements ? Ou tout ça à la fois ? Avec un quelconque Villepin ce sera possible : telle est désormais « la grande idée du règne ».

On employait déjà cette expression sous Napoléon III lors de la glorieuse expédition du Mexique. Le résultat fut à la mesure de l'idée.

JG Malliarakis
©L'Insolent
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