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BULLETIN EN TOUTE LIBERTÉ
JEUDI 19 MAI 2005
PÉTROLE CONTRE POURRITURE
La question principale est celle de l'imbrication des accapareurs de la rente pétrolière et des pouvoirs d’État. La France en crève.
Plusieurs affaires, en France comme à l’étranger, sollicitent en ce moment notre attention autour du rôle réel, et pas seulement fantasmatique, du Pétrole dans la politique mondiale.
En particulier, on fait mine de découvrir, aussi bien dans les arrière-boutiques de l’ONU que dans certains cercles de la Chiraquie, ancienne et moderne, des « fraudes » ou des détournements du programme « pétrole contre nourriture ». Les Américains ont ainsi découvert, et publié, les noms de quelque 200 politiciens européens ayant plus ou moins bénéficié de relations financières à forte odeur de pétrole avec la dictature irakienne (1). En France, on commente beaucoup, à ce sujet le nom de M. Pasqua, mais empressons-nous de dire : il n’était pas le seul et d’autre part les Français n’étaient pas seuls en cause. (2)
La question posée n’est pas, en fait, seulement celle de cette surprenante magouille mise en place par l’ONU après la guerre de 1991. Disons le tout net : le fameux programme américano-onusien « pétrole contre nourriture » n'avait pas pour but d'étrangler mais au contraire celui de sauvegarder le régime de
Saddam Husseïn (3). Si on devait faire le bilan de ce système ce n’est pas tel bureau de Manhattan, tel membre de la famille de Kofi Annan et telle ligne sur son carnet d’adresses qu’il faudrait mettre en cause. Il faudrait, une fois de plus, ou plutôt une fois pour toutes, oser s’interroger sur la légitimité même de ce système des Nations-Unies où, par exemple, un pays comme la Libye peut gérer tranquillement la Commission des Droits de l’Homme.
Or, la place du Pétrole dans le système politique du mondialisme c’est évidemment un sujet beaucoup plus vaste.
Nous ne chercherons pas à minimiser son rôle dans le dossier irakien. Mais il serait naïf, ou faussement cynique, de croire que « les Américains ont entrepris la guerre d’Irak de 2003 exclusivement pour contrôler les réserves d’hydrocarbures de ce malheureux pays. ». Depuis 1920, les rivalités pétrolières des grandes puissances et celles des principales compagnies, se sont traduites par un tout petit nombre de guerres directes. Les « coups tordus » ont été beaucoup plus nombreux.
Bien entendu, la question pétrolière est importante aux yeux des dirigeants américains, et pas seulement des Texans.
Le groupe Rockfeller semble historiquement jouer et avoir joué un grand rôle dans l’inspiration de la politique étrangère yankee. C’est sous son influence par exemple qu’est apparu en 1954 le fameux, et mythique, groupe dit de Bilderberg, aujourd’hui présidé par l’ancien commissaire européen belge, M. Davignon. L’intelligence française y figure en bonne place : on relève dans la liste des participants de 2005 le nom glorieux de M. Trichet (l’honneur est sauf !). Sachant que le cofondateur européen de ce groupe synarchique n’était autre que le prince Bernard des Pays-Bas, comment ne pas penser à Royal Dutch allié à Standard Oil, devenu depuis Exxon ? Comment ne pas associer, aussi, diverses campagnes idéologiques « de fond » (« croissance zéro » du groupe de Rome, « écologie », « limitation des naissances », « développement durable » etc. ) à quelques grands intérêts « globaux ».
Mais précisément il faut avoir l’honnêteté de poser le problème globalement, le mot « globaliste » étant celui que les Anglo-Américains utilisent pour désigner ce que nous appelons « mondialisme ».
Globalement, et mondialement, en effet, le pétrole « pourrit » bien des raisonnements.Au début des années 1970, le jeune dictateur libyen Muhammar Khadafi théorisait une idée très répandue au Proche-Orient : « Allah (4) a donné le pétrole aux Arabes ». Au moment de la guerre de l’automne 1973, guerre du « Kippour » aux yeux des Israéliens, guerre du « Ramadan » dans la rhétorique des Arabes, on imagina pour la première fois de se servir, « contre le sionisme » de « l’arme du pétrole ».
Alors l’Occident commença à subir la flambée des prix du pétrole brut, les « chocs pétroliers », etc.
Dans la pratique tous les raisonnements des technocrates français, pour ne citer qu’un exemple, étaient basés sur l’idée d’un pétrole durablement bon marché. Cette certitude se retrouvait dans les textes de nombreux énarques qui ne comprenaient pas que le prix de 2 dollars le baril ne pourrait pas se maintenir comte tenu de la « Lancinante Question de la balance des paiements » (5) qui allait aboutir à la crise cambiaire de 1971-1972, et compte tenu de la hausse des prix constante dans les économies occidentales, USA en tête – les projets technocratiques planifiés (6), si appréciés en France depuis 1945 étaient tous conçus en faisant abstraction de toute notion sérieuse de rentabilité. La hausse du prix du carburant a donc achevé de tuer Concorde, le paquebot France et bien d’autres choses.
Aujourd’hui, nominalement le prix du pétrole s’est multiplié par 25 depuis les années 1960. Mais les autres prix se sont également transformés. Et les prix administratifs français, convertis en dollar (timbre-poste, km en chemin de fer, ticket de métro, etc.) ont connu, eux, une hausse beaucoup plus forte, sans même parler de l’immobilier, de la bourse, etc.
La vraie question n’est d’ailleurs pas exclusivement là. Karl Marx, continue, après la mort apparente du système communiste, à faire fonction d'inspirateur « soft » de la plupart des travaux sociologiques, des études de l’INSEE ou même des faux concepts comme les « catégories socioprofessionnelles » (7) obscurcit totalement cette question, qui est celle du « poids de la classe rentière dans les pouvoirs d’État ».
En Russie, où une cinquantaine d’amis du pouvoir mafieux d’État ont été « nommés milliardaires » dans les années 1990, sous la présidence de Boris Ieltsine, la situation de ces oligarques est caractéristique. Dans ce pays si riche en matières premières on peut dire qu'une telle occasion d'accaparement et d’enrichissement proche de l’État est une malédiction constante, au moins depuis 1917 (7).
En fait, sur ces questions, Frédéric Bastiat et Ludwig von Mises, dont pourtant la préoccupation centrale n’est certainement pas la notion de « classe sociale » voyaient beaucoup plus juste que Marx et toute l’école de sociologie marxiste, structuraliste ou post-marxiste.
Quant à la France, elle aussi, et peut-être encore plus que tout autre pays dans le monde, elle crève de sa classe rentière d’État. C’est peut-être pour cela qu’elle aime tant se rapprocher « dictateurs rentiers » dont le plus explosif du monde est actuellement sans doute le président vénézuélien Ugo Chavez, si loin d’Allah, si proche de Cuba.
JG Malliarakis
©L'Insolent
(1) Nous n'attachons ici aucune connotation excessive au mot dictature. Nous relevons que l'application de ce terme au régime de Saddam est apparue au printemps 2003 dans le vocabulaire de l'Élysée, exactement au moment de l'arrivée des Américains à Bagdad.
(2) L'affaire Galloway vaut, de ce point de vue, elle aussi, le détour.
(3) On a reculé en 1991, lorsqu'il fut une première fois possible de renverser le régime Saddam Husseïn, devant l'hypothèse d'un démembrement de l'Irak, de l'émergence d'un Kurdistan autonome, de la montée en puissance des chiites du Sud, etc. Par-dessus tout il fallait ménager la possibilité de rembourser les dettes de l'Irak. Lors de la 2e guerre en 2003, les « amis de l'Irak » (France, Russie, Allemagne) étaient en même temps ses créanciers, très réticents à ce que sa dette soit épongée. Les faits sont sacrés les commentaires sont libres.
(4) Est-il légitime de traduire le mot arabe Allah par « Allah » en français plutôt que par « Dieu » ? Immense question ! En tout cas, « Yahweh » n'a pas donné de pétrole aux Israéliens. Le bon La Fontaine verrait probablement en ce Dieu-Père un meilleur pédagogue : « Travaillez prenez de la peine c'est le fond qui manque le moins ».
(5) Titre d’un livre célèbre de Jaques Rueff écrit en 1965.
(6) En janvier 2005 nous avons encore entendu un ministre du gouvernement Raffarin, citant le général De Gaulle, faire de la planification une « ardente obligation », « la grande affaire de la France », etc.
(7) Sur la base desquelles sont conçues les études par sondages « selon la méthode des quotas ».
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